Sans doute, il a senti avec quel intérêt j’écoutais la révélation très simple de son effort pour réveiller le zèle de son petit peuple, indifférent, en la majorité, sinon hostile. Peu à peu, il s’est pris à me dire ce qu’il souhaiterait faire en ce pays où il est encore « l’étranger ». Et, en parlant, il avait la même conviction fervente qui m’avait frappée déjà. De toute son âme, il se donne à ces inconnus ; je l’ai senti à sa réponse quand je lui ai demandé :
— Alors, monsieur le curé, vous n’êtes pas effrayé de la tâche que vous entreprenez ?
— Effrayé, madame ?… Comment pourrais-je l’être quand, avec moi, j’ai la grâce de Dieu ? C’est notre mission de gagner les âmes, d’en gagner beaucoup, d’en gagner toujours plus !
Sans réfléchir, j’ai murmuré pour moi-même :
— Gagner à quoi… et à qui ?…
Mais il m’avait entendue. J’ai constaté son imperceptible sursaut :
— Gagner à qui ?… Mais à Dieu, madame, qui, sans se lasser, les appelle pour leur bonheur.
Ah ! si ce Dieu avait pu s’emparer de mon âme, quelle délivrance de la lui abandonner !
J’ai regardé avec envie le prêtre, paisible en sa foi, et une question m’est échappée :
— Oh ! monsieur le curé, comment faites-vous pour croire ainsi ?