Il m’a enveloppée d’un regard effaré, ne comprenant pas bien ; dans son maigre visage, le regard m’interrogeait, attentif :
— Croire à quoi, madame ?
— Mais à tout ce que vous enseignez aux petits et aux grands qui viennent à vous ! Je vous en supplie, monsieur le curé, ne vous choquez pas de mes questions dont je m’excuse et répondez-moi, par charité, pensant que vous faites du bien.
— Je vous écoute, madame.
— Ces mystères, cette religion que vous enseignez, vous l’avez étudiée beaucoup et elle vous paraît… sincèrement, en conscience… elle vous paraît la vérité même ?
— Oui, madame. Elle m’apparaît évidente comme la vie elle-même.
— Malgré ses… étrangetés, ses obscurités, ses… invraisemblances qui choquent la simple raison ?
— Madame, je sais que mon humble cerveau est incapable de concevoir l’infini ; même des intelligences très supérieures en seraient incapables ! Mais la conscience incomplète que j’en possède suffit déjà à me donner une certitude qui est, en mon âme, aussi forte que le sentiment même de la vie… comme je viens de vous le dire… Et cette certitude, comment l’aurais-je si je ne la devais à l’Être divin qui m’a créé et m’a marqué de son empreinte ? Ne le sentez-vous pas, madame ?
Ses yeux limpides, très graves et très bons, se posent sur les miens. Je sens une âme interroger la mienne…
Et la mienne s’ouvre brusquement :