— Non, monsieur le curé, je n’ai pas votre foi et j’en porte durement… ah ! oui, bien durement la peine en ce moment ! Lorsque j’étais toute jeune, j’ai été une ardente petite chrétienne. Je croyais sans un doute, sans réfléchir… comme les petits, comme les sages, comme ceux qui savent… la foi du charbonnier ! Et puis, j’ai été absorbée par ce qui alors était pour moi le bonheur… J’ai vécu dans une atmosphère de scepticisme… si étrangère à toute idée religieuse !… Ensuite, j’ai souffert beaucoup, beaucoup supplié !… vous savez, comme on supplie quand on souffre et qu’on crie, désespéré, vers qui peut vous soutenir… Mais le chagrin ne s’est pas éloigné. Au contraire, il s’est appesanti, tellement cruel que le désespoir a tué ma foi. Et j’ai vécu sans plus rien espérer, devenue étrangère à ce Dieu qui m’abandonnait. Aujourd’hui encore, j’ai besoin de secours, d’espérance, de foi, et je ne trouve rien !…
Ma voix, que j’entendais lente et sourde, se brise tout à coup. Le prêtre, qui m’a écoutée, murmure :
— Pauvre enfant !
Puis un silence tombe dans le salon où crépitent les flammes du beau feu clair. Mes yeux songeurs contemplent, à travers les vitres, la svelte silhouette d’un sapin qui se dresse sous le vent et la pluie ; et une seconde, il me semble voir en lui mon image, dans la tourmente des mauvais jours…
Une question me ramène :
— Madame, est-ce qu’il y a des points de doctrine qui vous arrêtent ?… Je pourrais alors essayer de dissiper vos doutes !…
Je tourne la tête vers qui m’interroge avec un intérêt compatissant :
— Oh ! monsieur le curé, je ne connais rien à la théologie et ne me mêlerais pas de juger et de discuter ce que j’ignore. Mais je souffre d’avoir perdu le sens de la vie spirituelle… de ne plus voir en la religion qu’une très belle illusion, une consolante légende, à laquelle, en la sincérité de mon esprit, je sens que je ne crois plus… malgré mon désir d’y croire… Et pourtant, je traverse des heures où j’aurais tant besoin de trouver un viatique hors du monde !… Monsieur le curé, que faut-il faire ?…
Il ne répond pas aussitôt. Il pense. Puis, doucement, après un moment, il prononce :
— Ce qu’il faut ?… Prier, comme si vous croyiez, madame ; appeler Dieu de toute l’ardeur de votre âme qui le cherche… Et il vous entendra, car il a promis : « Venez à moi, vous tous qui êtes accablés, et je vous soulagerai. »