— Comment, vous, Robert ! Ici ?
— Pourquoi non ?… J’arrive après une absence assez longue pour qu’il soit, je crois, tout naturel que je vienne voir ma femme.
Sa main cherche la mienne qui se lève d’instinct et qu’il porte à ses lèvres. Je me suis rassise, brisée par l’émotion. Lui, reste debout. Une seconde, en silence, nous nous regardons. L’océan l’a bronzé, et le visage est amaigri un peu ; sa blessure ou la vie, vie d’amour, vie d’orgueil. Mais ses traits ont ainsi quelque chose de plus mâle, il est toujours beau.
Je ne sais quel visage je lui offre ; le choc de sa soudaine arrivée a, sans doute, accentué l’altération de ma figure, car, après m’avoir contemplée avec une surprise qu’il ne peut dissimuler, il s’exclame :
— Est-ce que vous avez été souffrante depuis mon départ, Viva ? Je vous retrouve si fluette, si blanche !
— Tout bonnement, peut-être, vous êtes maintenant habitué aux beautés américaines… Non, je n’ai pas été souffrante.
— Alors, vous avez moralement passé un mauvais été ?
Il me vient un léger sourire dont il ne peut savoir l’ironie.
— Oh ! non, j’ai passé un excellent été ; un des plus reposants que j’aie connus depuis longtemps !
Ironique à son tour, il s’incline un peu.