Bienheureuses, celles à qui suffit le culte de l’Art !
Bienheureuses, même celles que délecte le monde !
Bienheureuses, surtout, celles qui possèdent le trésor d’une foi divine où elles trouvent un viatique !
Moi, je n’ai pas ce refuge. J’ai trop supplié en vain…
Que je suis donc dénuée !
Plus de mari. Pas d’enfant. Pas d’amant. Quelques amis masculins, qui aspirent invariablement à être autre chose. A peine des semblants d’amitiés féminines ; car l’exigence amoureuse et jalouse de mon mari qui me voulait à lui seul, aux premiers temps de notre mariage, m’a écartée de mes amies de jeune fille.
Je n’ai que père qui m’aime fort. Mais en homme, et, à travers tant de choses ! Marinette, mon joli petit papillon, ne sait guère que « recevoir ». Et c’est un peu ma faute. Je l’y ai habituée ; à ce point qu’elle serait stupéfaite que je fusse autre à son égard. Quand j’ai épousé son frère, elle était orpheline, placée au couvent par une grand’mère trop impotente pour s’occuper d’elle. C’était une gamine de quatorze ans, la jeunesse même. Près d’elle, moi mariée, de cinq ans son aînée, j’étais une « grande ». Elle s’est attachée à moi, follement, avec cet abandon caressant qui lui donne tant de charme… Car elle en a autant que son frère.
Et, en retour, je l’ai vainement adoptée pour l’enfant qui ne venait pas.
Même dans mon ivresse de jeune épouse, même après, au milieu des tempêtes où mon bonheur croulait, je l’ai enveloppée de tendresse. J’ai pu arriver à la marier avec l’homme qu’elle souhaitait, domptant la résistance de la famille du fiancé élu que notre milieu artiste effarouchait.
Et maintenant, je compte dans sa vie à la façon d’une utilité, affectueuse et sûre. Les enfants n’aiment pas comme aiment les mères. Peu à peu il m’a fallu, bon gré mal gré, le comprendre.