Oh ! cette désillusion sur les êtres en qui l’on a eu foi !

J’ai senti frémir les ailes du papillon qui aspirait à voleter selon son caprice. Alors, afin qu’il fût libre, j’ai écarté les mains qui le protégeaient… Et maintenant, il vagabonde à sa fantaisie, humant le parfum des adulations ; se pose ou s’éloigne, inconscient d’éveiller la peine ou la joie.

L’exclusive tendresse que j’avais inspirée à ma jeune sœur s’est évaporée dans les remous de sa vie d’enfant gâtée. C’est tant pis pour moi, si j’avais trop attendu d’elle… Car, bien entendu, à sa manière, elle m’aime toujours, mais avec l’égoïsme naïf des êtres que la vie n’a jamais malmenés et qui vont, avant tout, vers ce qui les attire, sans voir ce qu’ils piétinent au passage.

Je ne lui en veux pas ; elle est toujours ma « petite fille » de jadis. Si incroyablement, elle est demeurée jeune !

Après le déjeuner, elle a surgi tandis que je contemplais, ravie, la moisson de fleurs que père m’a envoyée, souvenir d’anniversaire auquel, seul, il a pensé… Elle s’est exclamée.

— Dieu ! Viva, que c’est fleuri chez toi ! On dirait un jour de fête !

— C’est père qui m’a gâtée pour me consoler d’avoir un an de plus !

— Comment, Viva aimée, c’était aujourd’hui ? Et je l’ai oublié !…

Elle s’est jetée à mon cou avec les câlineries, les mots tendres qui me donnent un instant l’illusion de retrouver la Marinette d’autrefois. Je sais bien maintenant ce qu’il faut prendre de ces douces paroles… Mais, tout de même, c’est une musique bienfaisante à entendre, car elle engourdit le mal de l’isolement.

Les effusions dues à mon anniversaire liquidées comme il convenait, elle s’est lancée sur un sujet qui, de toute évidence, lui trottait en tête quand elle est montée chez moi.