Quand ils seront tous partis, que la présence de Robert me rappellera… ce sera le feu d’artifice éteint ; la nuit silencieuse et lugubre après la fantasmagorie du bouquet. Une seconde, j’en ai conscience. Mais je me raidis pour demeurer toute dans le présent qui m’amuse ; et je me remets à bavarder comme les autres, jouissant de la senteur des lilas qui, à profusion, embaument la pièce ; du vert si frais des branches que j’aperçois, par la fenêtre entrouverte, mouvantes sur l’eau qui fuit, dans la lueur du couchant.

Tout à coup, une sonnerie de timbre nous fait tous sursauter avec la crainte d’un fâcheux. Mais, très vite, nous sommes rassurés. La visiteuse, c’est Marinette, qui apparaît, les joues fouettées de rose, le nez au vent, les cheveux ensoleillés sous sa capeline printanière, fleurant l’œillet, fraîche comme un bébé, ce qui ne l’empêche pas de s’écrier, croyant ce qu’elle dit :

— Mes chers amis, je suis vannée ! Viva chère, je prends une tasse de thé pour me remettre. C’est permis, n’est-ce pas ?

Mais avant même que j’aie pu lui avancer une tasse, elle a déjà, pour serviteurs, tous les hommes présents qui la contemplent, en connaisseurs, d’un œil gourmand et discret, — discret, plus ou moins.

Elle qui s’en est tout de suite aperçue, ne songe plus un brin qu’elle est « vannée » et hume, de son petit nez fripon, le parfum d’encens. Elle nous lance :

— Qu’est-ce que vous faisiez là, tous, vous entendant comme larrons en foire ?… Je suis sûre que vous disiez des choses très remarquables, quand mon arrivée, à moi chétive, vous a interrompus !

— Madame, vous nous faites trop d’honneur. Quand vous avez sonné, nous disions tout platement du mal de la vie ! explique Rouvray.

— Quelle drôle d’idée ! Et que vous êtes ingrats ! La vie mauvaise !… Vous n’y connaissez rien ! La vie, c’est une aventure charmante !

Et elle le croit ; car pour elle, il en est ainsi.

Bienheureuse petite Marinette ! Tous, oui tous, nous la regardons avec envie.