— Si !… j’ai tout oublié de ma jeunesse. Je ne vis plus que dans le présent.

— Ta jeunesse ! Est-ce que tu es comme Voulemont ?… Tu as besoin de lire le livre de l’évêque ? Viva, regarde-toi dans la glace, tu seras rassurée !… Tu es toujours terriblement « nuit d’amour »… Gare à Meillane… si tu n’étais pas si sage ! Enfin, il repart fin octobre pour le Canada. Le froid le remettra d’aplomb, s’il y a lieu… Alors, à mardi, n’est-ce pas, chérie ?

Donc, mardi, ô joie ! je connaîtrai Mme Valprince et je distrairai M. de Meillane. Allons, il est tout comme les autres… Alors, il ne m’intéresse pas un brin.

17 avril.

Hier, ce fameux dîner.

Je m’étais dépêchée de m’habiller afin d’arriver chez Marinette à temps pour assister au coucher des poussins, que j’ai en effet, trouvés dans la nursery, tout prêts à entrer dans leur lit. Guy, pareil à un petit doge, sous sa robe de chambre rouge ; Hélène, revêtue de sa longue chemise de nuit, sautant sur ses couvertures au risque de dégringoler et me criant, lèvres et bras tendus, toute rose sous la mousse floconneuse de ses boucles :

— Tante Viva, venez m’embrasser, je suis tout nue !

« Tout nue », traduire « déshabillée ». Agnès, choquée, s’empresse de l’enfouir sous ses draps et s’apprête à faire subir le même traitement à Guy, qui, en homme soigneux, place ses pantoufles sous son lit.

Pour être sage, j’abandonne les petits à leur gouvernante et je reviens dans le salon où, déjà, sont arrivés presque tous les hôtes de Marinette, y compris Jacques de Meillane qui cause avec père. Mais pas de Valprince.

En embrassant mon petit papillon qui est jolie à souhait, je lui murmure :