— Eh bien ? est-ce qu’elle ne vient pas ?
— Oh ! si !… Mais elle est toujours en retard…
— Ah ! parfaitement.
Ce soir-là, cependant, Mme Valprince a dû faire un effort, car à peine Marinette a fini sa phrase, la porte s’ouvre encore une fois. C’est elle !… Une onde rose monte aux joues de sa petite amie, qui s’avance, très correcte, au-devant d’elle, mais avec quel sourire de bienvenue ! Tandis que toutes deux s’embrassent et que le docteur Valprince s’abîme en saluts diversement orientés, je regarde la nouvelle venue, qui, pour l’instant du moins, trône en souveraine dans le cœur de ma petite sœur.
Et je suis un peu surprise. En quoi, par son physique du moins, a-t-elle pu séduire ainsi Marinette ?… Ce n’est plus du tout une jeune femme. Sûrement, la quarantaine a sonné pour elle depuis plusieurs années. Elle ressemble à un pastel effacé. La peau a des tons de fleur délicatement fanée, qu’avivent l’imperceptible reflet rose des joues, le rouge éteint des lèvres. Les yeux clignent souvent, d’un bleu lavé, avec ce regard un peu vague des myopes. Les cheveux ondulent, blond cendré, moirés d’argent. Sous la robe gris mauve, la silhouette, d’une élégante distinction, est imprécise. Les gestes sont harmonieux, plutôt lents…
Marinette m’appelle pour les présentations. Elle a une mine enchantée dont la jeunesse est délicieuse ; l’air d’une petite fille confuse d’un bonheur immérité. Quel bébé elle est demeurée par certains côtés !
Mme Valprince me tend la main :
La voix est douce, un peu « traînante », et l’accent aussi convaincu que si, vraiment, elle avait, de tout son être, soupiré après notre rencontre. Ni elle ni moi, d’ailleurs, ne croyons rien de semblable. Nous échangeons quelques propos polis ; puis, tout de suite, elle célèbre son « adorable petite amie ».
Quelle singulière manière elle a de parler de Marinette, comme d’un trésor qu’elle aurait eu la chance de trouver et qui serait maintenant son bien !…
J’écoute, sentant mon moi intime devenir un hérisson roulé en boule. Pour conclure, elle a cette phrase étonnante :