— Je sais, madame, combien vous avez toujours montré de tendresse à la chère petite… Si vous le permettez, nous l’aimerons ensemble… J’espère que vous ne trouverez pas mauvais qu’elle me donne en retour une part de son cœur !
Rien que cela !… Et il n’y a pas cinq semaines qu’elles se connaissent !
Cette Mme Valprince manque un peu du sentiment des distances !… Et il m’échappe — par bonheur, mon accent est léger, ma bouche souriante :
— Oh ! madame, je suppose, à l’honneur de Marinette, que sa sympathie nouvelle pour vous et sa vieille affection pour moi ne sauraient être rivales !…
Mon imperceptible ironie ne désarçonne pas Mme Valprince, qui me paraît douée, — dans le monde, du moins, — d’une de ces amabilités exaspérantes que nulle traverse ne saurait dissiper. Elle doit prodiguer sa grâce aussi naturellement que d’autres sont grincheux.
Le dîner est annoncé à point pour me séparer d’elle ; et je vois s’incliner devant moi Jacques de Meillane, à qui, bien entendu, m’a confiée Marinette. Il est correct et froid. Moi, un brin nerveuse. Je subis si fort les impressions rétractiles ! Mme Valprince a gelé ma personne morale. Et pour mon voisin et moi, le dîner commence silencieux, sauf les politesses de commande… Jusqu’à la minute où, mon énervement dissipé, il me vient le vague, très vague remords d’être, injustement, une maussade compagne pour l’ami du bon Paul. Et je lui demande, un tantinet contrite :
— Vous trouvez, n’est-ce pas, — et vous avez raison ! — que ma belle-sœur vous a donné, en ma personne, une bien ennuyeuse voisine !
Les yeux gris posent sur moi leur regard clair ; et il me dit, si drôlement, que la glace est soudain rompue :
— J’espère surtout, madame, que vous me ferez, avant la fin du dîner, la grâce de me laisser un peu profiter du plaisir — très vif… — qu’a voulu me procurer Mme Abriès, en me plaçant près de vous.
Il a toujours cet accent d’absolue sincérité qui déconcerte mon scepticisme, et je riposte :