Les yeux gris m’interrogent de leur manière un peu impérative :
— Madame, que voulez-vous dire ?
— Ceci, tout simplement : que votre jugement a été téméraire à mon endroit, certain jour où vous m’avez rencontrée devant le Carlton, alors que j’allais goûter avec un ami. Avouez que vous avez entendu jaboter, plus ou moins, sur mon compte ; et, en cette minute-là, vous avez pensé, j’en jurerais : « Tiens… tiens, c’est bien ce qu’on m’avait raconté sur cette petite femme-là !… »
Je sens sur moi son regard si extraordinairement droit :
— Ce que j’avais entendu dire m’avait donné un très vif désir de vous connaître, madame. Et le jour dont vous parlez, c’est vrai, vous m’avez déçu… Comme le soir où je vous ai aperçue dans un idiot bouiboui, très chic d’ailleurs, à Montmartre. Un camarade m’y avait emmené.
Je me souviens. Le soir dont il parle, les de Prelles m’avaient entraînée au Cabaret Vert entendre une revue, prétendue « très drôle » ; qui l’était du moins selon la formule, troussée d’équivoques spirituellement comiques parfois, plus souvent, d’une grossièreté toute faubourienne, qualifiée de « gauloise ».
— Vous m’avez aperçue, ce soir-là ?… Je ne vous ai pas vu.
— Non, vous étiez tout occupée des propos que tenaient, sur la scène, des dames plutôt dépenaillées et des messieurs aux allures d’apaches, qui exécutaient, entre temps, des danses tout à fait suggestives.
Je le regarde, moqueuse :
— Très exact, ce tableau ! Alors, parce que je ne me voilais pas la face, sous mon éventail, devant le spectacle pour lequel j’étais venue, vous n’avez pas jugé à propos de me saluer à l’entr’acte ?… Je vous avais trop scandalisé ?…