— Peut-être, oui… vous avez raison… Mais vous savez, madame, que j’arrive d’Orient. Je ne suis pas au ton, sans doute. Et, de plus, je subis des influences ataviques. J’appartiens à une famille où l’élément féminin est étrangement respectueux de certaines traditions… Alors il faut m’excuser d’avoir si fort regretté que vous ne fussiez plus vous, — à mon gré ! — le jour du Carlton, le soir du Cabaret Vert.

— A votre gré, c’est cela. Mais j’étais une moi que vous n’aviez pas encore rencontrée, voilà tout !… Et qui a encore beaucoup de sœurs, très différentes les unes des autres… J’aime mieux vous en prévenir tout de suite, pour le cas où nous devrions encore nous retrouver pendant votre séjour en France. Vous-même, êtes-vous donc si un ?

Il sourit.

— Les personnalités masculines n’ont pas tant de complexité.

— Hum ! cela dépend des personnalités masculines.

Je pense à Robert et je coule un regard de son côté.

En sa qualité d’homme illustre, Marinette l’a placé à côté de Mme Valprince, qui trône à la droite du maître de céans. Mais, bien entendu, Paul est éclipsé ; et de ma place, j’entends les deux autres qui s’enguirlandent mutuellement. L’amie de Marinette a une conversation de femme intelligente, pourvue d’une certaine culture littéraire et artistique.

Je m’amuse un moment à les observer. Elle n’est nullement une femme dans les cordes de Robert : non plus assez jeune, pas du tout flirt, un peu précieuse. Mais elle l’enveloppe de son charme insinuant, des caresses délicates de son esprit, de la flatterie d’éloges qu’il sent venus d’une pensée ouverte aux choses d’art. Et, pendant leur fugitif rapprochement, il se laisse séduire et met lui-même une coquetterie à se montrer séduisant.

Leur petite comédie est distrayante à regarder. Autour d’eux, la conversation est très brillante, panachée de sujets divers, théâtre, politique, amour, musique. Le docteur Valprince parle « diagnostics » et, à ce sujet, émet des déclarations peu rassurantes pour les gens qui ont l’illusion de se croire en parfaite santé.

De sa voix coupante, je l’entends qui raconte :