Après une pareille séance, je serai brisée, mais si délicieusement !… Ensuite, j’aurai l’inévitable réaction, en reprenant pied dans la réalité : une de ces crises de tristesse noire qui, jadis, me faisaient sangloter comme une enfant désespérée. Maintenant, les yeux secs, je reçois durement l’ennemi.
Mais je ne veux pas penser à ces minutes futures… pour pouvoir savourer la joie fugitive du présent.
Le salon est devenu presque sombre, sans doute parce qu’une averse tombe dru. J’ai un geste vague pour atteindre le commutateur et donner de la lumière. Meillane m’arrête.
— N’allumez rien, je vous en prie. C’est tellement meilleur ainsi !
Moi aussi, je pense cela… Je n’ai pas besoin de lumière ; je chante par cœur. Alors, je n’insiste pas. Seulement, voici que, dans la pièce embrumée, vibre la sonnerie du cartel invisible. Et, saisie, je compte instinctivement sept coups.
— Oh ! est-il si tard ?… Allez-vous-en vite, alors ; car je dîne en ville et je ne suis pas habillée !
— Madame, c’est affreux à avouer… mais je ne peux pas regretter que vous vous soyez mise en retard !
Et, à mon tour, j’avoue :
— Moi non plus !… Est-ce que c’est en Orient que vous êtes devenu si musicien ?
— Non, l’Orient n’y est pour rien ; c’est un héritage de famille… Ma mère adore la musique, une musique plus classique que celle-ci…