C’était vrai. Et parce que je n’ai jamais su dire autre chose que ma pensée, j’ai répondu :

— Oui, très belle…

Orgueilleusement, je constatais aussi qu’en mon être aucune fibre douloureuse n’avait tressailli. Personne n’aurait pu découvrir, au fond de mes yeux, autre chose qu’une curiosité détachée.

Oui, en vérité, cette femme ainsi dévêtue par l’enroulement étroit de sa tunique, avait l’harmonieuse beauté de quelque nymphe antique ; mais cette nymphe était aussi une amoureuse dont les yeux, les lèvres, le geste, la gorge nue, le corps tout entier était prometteur des voluptés qui affolent les mâles.

L’orchestre préludait. Imperceptiblement, elle a tourné la tête vers la loge sombre où elle savait qu’il était.

Une seconde, ils se sont regardés.

Puis elle a commencé à chanter ; et dans son chant, elle se donnait toute, pour lui, pour son triomphe… Elle se donnait à lui, son maître qui écoutait, les yeux rivés sur elle. Ah ! ils étaient bien unis… Peut-être plus encore qu’en d’autres instants…

Et, de nouveau, avec une allégresse de captive délivrée, j’ai senti que cet homme avait perdu la puissance de me torturer. Je les observais, lui et elle, comme des étrangers qui ne pouvaient en rien m’émouvoir. Ah ! que c’était bon ! — et décevant… Être consolée du deuil de son amour !… De quel sable est donc fait notre cœur fragile ?…

Et l’acte s’est achevé dans un tumulte d’applaudissements. La salle, de toute évidence, était conquise. Alors Robert est revenu sur terre et a repris le sentiment de ma présence pour me dire, avec des yeux où luisait une ivresse :

— Elle a été admirable, n’est-ce pas ? Quelle artiste ! Il faut que j’aille lui dire combien je suis content. Sans quoi, elle va s’énerver !