— Adieu, madame mon amie.

Il sort. Et toute la soirée, je porte en moi une persistante allégresse dont, peu à peu, je m’étonne… Si bien que, rentrée dans mon home, la tête sur l’oreiller, les yeux grands ouverts dans la nuit, je m’apprête à descendre en mon âme pour un voyage de découvertes.

Et puis, tout à coup, résolument, je secoue la tête et ma volonté retourne en arrière. Mon nouvel ami l’a dit : « La sagesse, c’est de vivre dans le présent. »

29 mai.

Robert est devenu à peu près invisible. Depuis trois jours, nous n’avons ni déjeuné, ni dîné ensemble, sauf hier, chez Alcott, où il est arrivé, de son côté, juste pour se mettre à table ; d’où, selon son habitude, il a filé au sortir du fumoir, après avoir brillamment rempli, d’ailleurs, son personnage de grand homme. Quand je suis partie à mon tour, l’auto vide stationnait pour moi.

Je suppose qu’il est tout à ses négociations avec New-York. Et j’en attends la conclusion avec une petite fièvre qui me fait les nerfs vibrants, autant que des cordes de violon.

Ah ! que je me suis donc, en imprudente, attachée à cette perspective de séparation !

Naturellement, je ne lui demande rien. Et, encore moins, j’interroge, à son sujet, qui pourrait me renseigner. De même que le public, je sais seulement que des pourparlers très avancés déjà sont engagés pour les représentations de la Danaïde en Amérique. Mais avec Robert, incarnant le caprice et les susceptibilités d’artiste, qui pourrait assurer le résultat définitif des pourparlers ?

Hier, au moment où j’allais sortir, Voulemont est arrivé. Ce constatant, il n’a pas prétendu s’asseoir et nous avons échangé, debout, de menus propos ; lui jouait avec sa canne ; moi, je mettais mes gants. Puis, brusquement, il m’a jeté, et j’ai senti que toute son amitié m’observait :

— Eh bien ! la Danaïde part donc pour l’Amérique ?