Mon énervement s’exaspérait. Je riais ; et je sentais grandir une tristesse aiguë à me faire éclater en sanglots, au premier choc.
Tout à coup, j’ai entendu Meillane me demander :
— Faut-il aussi vous féliciter, madame ?
— Vous le pouvez. Je suis enchantée de cette série de représentations en Amérique, et pour la Danaïde, et pour son auteur… et pour moi-même.
— Vous partez aussi ?
— Moi ?… Oh ! non !… A aucun titre, heureusement, je n’ai à faire partie de la troupe !
Ma voix est mordante. Il arrête sur moi, une seconde, des prunelles attentives où j’aperçois une espèce de curiosité presque grave.
— Et vous allez ainsi rester toute seule pendant…
— Plusieurs mois… Mais oui !… Quoique vous ayez l’air d’en douter, je suis assez grande pour me conduire sans mari. J’ai l’expérience.
La désinvolture un peu âpre de mon accent le heurte, sans doute, car un pli dur se creuse entre les sourcils ; et il n’y a plus dans son accent qu’une courtoisie froide quand il me dit :