— Alors, madame, je n’ai, en effet, que des félicitations à vous adresser.
La sonnerie proclame impérieusement la fin de l’entr’acte. Marinette offre à Meillane de rester avec nous. Mais il refuse et disparaît, me laissant un certain remords à son endroit. Pourquoi ai-je été désagréable avec lui ? Car je l’ai été… Pourquoi me suis-je hérissée contre la sollicitude que je devinais en lui ?
La Viva qui ne permet pas les mensonges, même les subterfuges envers elle, me déclare que je me suis raidie parce que j’ai entrevu ceci : la sympathie dont il m’enveloppe délicatement — ne m’est pas indifférente. Et cette faiblesse me déplaît.
Jamais encore je n’ai accepté d’être plainte. Et voici qu’à certaines minutes, la pensée m’a effleurée que ce serait bienfaisant d’avoir la protection d’un homme tel que lui, absolument sûr…
De ce désir fugitif dont le souvenir brûle mes joues de mépris pour ma lâcheté, il n’est pas responsable. Et heureusement, il n’en peut rien soupçonner.
8 juin.
Dîné chez Marinette. Là, j’ai, silencieusement, fait amende honorable à mon ami. Il est venu me saluer, glacé dans la même courtoisie cérémonieuse dont l’avait revêtu mon amabilité de porc-épic.
Je n’ai pas pris garde à cette froideur et lui ai, cette fois, tendu la main avec un sourire bien accueillant et cette assurance dépourvue d’artifice :
— Bonjour !… Je me sens d’humeur charmante ! Ne me gelez pas en ayant l’air si sévère…
— Je ne me doutais pas que j’avais pareille mine ! Seulement, je viens avec précaution…