— Vous demandant, non sans inquiétude, comment vous serez reçu…
— Justement !
Nous avons ri… Et, sans plus de formes, jusqu’à nouvel ordre, la paix a été signée. Si bien signée que, dans la soirée, à ma profonde stupeur, je me suis aperçue que nous parlions de notre jeunesse. Moi qui, jamais, ne touche à mon passé d’enfant, qui redoute même de l’évoquer, comme je craindrais de profaner le souvenir d’une petite vierge morte qui m’aurait été chère infiniment…
Il m’avait mise en confiance, j’imagine, par sa façon de parler incidemment de la femme, — sa mère, — dont l’influence paraît avoir été sur lui très profonde. Une petite phrase courte, qui n’avait l’air de rien et m’a pourtant jeté aux lèvres cette exclamation lourde d’envie :
— Comme vous êtes heureux de pouvoir aimer pareillement une créature qui le mérite !
Une douceur, que je n’y avais encore jamais aperçue, a passé dans les yeux gris :
— Ma vieille maman, c’est vrai, je l’adore !
— Et cependant vous vivez loin d’elle !
— Même de loin, nous restons unis. Nous sommes si sûrs de toujours nous comprendre l’un l’autre ! Quand je suis en France, je vis chez elle comme un petit garçon. Dans quelques jours, elle part pour notre propriété de famille dans le Dauphiné. J’en suis navré !
— Vous ne partez pas avec elle ?