— J’irai la rejoindre. Elle va être très entourée, recevant ses autres enfants, mariés et pourvus de beaucoup de rejetons. J’arriverai un peu plus tard. Ma mère est trop intelligente pour ne pas comprendre que ma santé « intellectuelle » exige l’atmosphère de Paris, après tant de mois d’Orient.

— Et pourtant vous la dites très attachée aux vieilles traditions ?

— Elle y est très attachée pour elle-même. Mais elle accorde aux autres l’indépendance dans la conduite de la vie qu’elle réclame pour son propre usage.

— Votre mère est une femme… rare !

— Sans modestie je le crois un peu… Pour être ce qu’elle est, il faut un esprit très large et beaucoup de cœur.

— Alors, elle vous a toujours laissé, d’accord avec ses principes, pleine liberté d’action ?

— Oui… Seulement, depuis ma plus petite enfance, je lui ai entendu répéter, — et non pas à un point de vue religieux, quoiqu’elle soit une chrétienne convaincue, — que chacun doit suivre inflexiblement la ligne que sa conscience lui indique…

Un peu sceptique, mais amicale, je laisse échapper :

— Et vous le faites ?

Il se met à rire :