— J’essaie, du moins. Et quand je n’y arrive pas, je n’ai pas d’illusions sur mon amoindrissement.

— Ce qui est très désagréable, mais peut-être non moins salutaire ! J’aimerais à connaître votre mère !… Quel dommage que nous appartenions à des milieux si différents !

— Moi aussi, j’aimerais que vous la connussiez… Je suis sûr qu’elle vous serait bienfaisante !

Oh ! l’imprudente parole, qui, tout de suite, me replie sur moi-même, enveloppée de mon voile d’orgueil !

— Ai-je donc l’air d’une personne en détresse ?

— Vous auriez besoin d’une maman très tendre qui vous gâte beaucoup !

Nos yeux se rencontrent… Que de choses y montent que nous n’articulons pas !… Près de mon « ami », mon cœur ressemble à un pauvre qui s’attache éperdument au passant généreux, prêt à lui donner sans compter.

Une seconde de silence ; puis, d’un commun et muet accord, nous rentrons dans la conversation générale.

18 juin.

Robert part dans dix jours. Il est affairé, nerveux, occupé de mille détails, menus et importants ; exaspéré tout haut, en même temps que satisfait en son quant à soi, des interviews qui s’abattent sur lui, des articles dont il est le héros, son portrait placé en vedette ; et dans la fièvre du départ, songe très vaguement à ne point me laisser voir, avec une sincérité choquante, la fougue — actuelle — de sa passion pour Marcelle Huganne.