Il me voudrait femme heureuse, mais femme impeccable. C’est pourquoi, puisque je suis en puissance de mari, il est sourdement irrité que j’aie abandonné la partie ; et me voyant à travers son indulgente tendresse, il rend mon dédain de toute lutte responsable de notre séparation, à Robert et à moi.

Pour peu que je l’interroge — ce que je ne ferai point, — il me dirait, j’en suis sûre, que si je voulais m’en donner la peine, je serais bien de taille à retenir mon inconstant époux… Erreur absolue. Autant fixer la flamme qui danse à tous les vents.

Dans le tréfonds de sa pensée, il ne peut — et pour cause… — juger impitoyablement Robert. Mais comme « sa petite » est en jeu, le père, en cette circonstance, prend la place de l’homme et voit d’autre manière…

Hier, comme il allait me quitter après une courte visite où, sans paroles d’effusions, nous nous étions sentis bien cœur à cœur, il m’a brusquement demandé, alors que je venais de faire allusion à mon séjour d’été en Suisse :

— Pourquoi n’as-tu pas retenu ou suivi ton mari ?

— Grand Dieu ! pourquoi aurais-je fait rien de pareil ?

Il a secoué sur sa manche un imaginaire atome de poussière.

— Parce qu’il ne vaut rien pour une jeune femme de cheminer seule sur les grandes routes, — dans la vie et dans la Suisse.

J’ai eu, malgré moi, un geste d’épaules.

— Père, c’est exquis et si reposant d’aller seule ! Tu sais, j’aime cela depuis toujours !