Il a posé, sur mes cheveux, sa main dont le contact est si ferme, presque impérieux :

— Oui, petite sauvageonne, je sais. Mais, crois-moi, il est meilleur encore d’aller deux. Et j’ai fort la crainte que ma Viva ne s’en aperçoive plus qu’il ne faudrait.

Lui, l’homme de chiffres, de plaisirs, le joueur audacieux des grands coups financiers, il a soudain dans la voix quelque chose qui me bouleverse. Il me caresse les cheveux d’un geste tendre qui me donne envie de pleurer. Ah ! si seulement j’avais ce droit de pleurer, comme font les petits, sans être obligée de dire, d’expliquer, de chercher, dans les profondeurs de mon âme désemparée, un pourquoi que je distingue mal.

Mais au lieu de pleurer, j’ai un petit rire que j’entends sonner, sec et railleur :

— Père, j’ai cheminé avec un compagnon et je m’en suis si peu bien trouvée que la solitude me paraît un bien à nul autre comparable ! Tu ne peux en être surpris.

Père ne répond pas… Puis, entre les dents, je l’entends répéter tout bas :

— Ah ! l’animal ! l’animal !

Mais il n’insiste pas.

Sans pensée, je suis restée la tête contre son épaule, — ainsi qu’au temps où j’étais petite fille. Au contact de sa force, je me sens si frêle ! Et cette force pourtant ne peut rien pour moi.

Entre les paupières rapprochées, je contemple machinalement sur la cheminée une rose dont les pétales se détachent. Je la vois, ses contours un peu estompés à travers une brume de rosée… Ah ! qu’elle est méchante la vie !