Autour de moi, je sens se resserrer l’étreinte protectrice… Puis, sur mon front, un baiser.
Et père se redresse. Moi aussi. Et nous nous séparons, avec des propos quelconques.
23 juin.
Robert est parti.
Confusément, j’avais pensé que, peut-être, mon personnage d’épouse pour la façade me faisait une obligation de l’escorter à la gare.
Mais la simple réflexion m’a ôté tout scrupule en me rappelant qu’il serait là-bas pris par les journalistes, par sa troupe, surtout par le soin d’installer sa précieuse interprète. Sans compter les curieux de la dernière heure. Et j’ai trouvé bien inutile d’aller offrir en spectacle notre très facile séparation.
En ces dernières semaines, l’écœurement de notre situation fausse s’est tellement avivé en moi, que je ne comprends plus l’aberration qui m’a fait demeurer sous le même toit que lui devenu plus qu’un étranger.
Oh ! bienheureux voyage qui brise cette union menteuse !
Donc c’est « chez nous », que nous avons échangé un adieu en parfait unisson avec les sentiments qui nous animent l’un et l’autre.
Dans le salon, où nous venions de prendre le thé, quelques intimes de Robert. Marinette et Paul ; père, en flirt comme toujours avec mon petit papillon qui apprécie les hommages de ce grand connaisseur. Sauf la tenue de voyage de Robert, rien n’indiquerait, ni les conversations, ni leur accent, ni les visages, que l’heure d’un départ de plusieurs mois est tout proche.