Robert cause très gai, plutôt nerveux, mais à la façon d’un collégien que fait frémir l’allégresse du congé qui commence.
Les minutes fuient légères. Père me demandant un renseignement que j’ai noté pour lui, je passe dans ma chambre afin de le lui chercher.
Tandis que je fourrage dans mon buvard, en quête du papier, trop bien rangé, j’entends, dans la pièce, un bruit de pas qui me fait tourner la tête. C’est Robert.
— Puisque vous ne reparaissez plus, Viva, je viens vous dire adieu. Il va être l’heure de partir.
— Ah !… Eh bien ! je vous souhaite bonne chance… beaucoup de succès !… Quand vous aurez un instant libre, dites-moi si la Danaïde est aussi goûtée des Yankees que des Parisiens.
Ma voix est calme et je n’ai pas un battement de cœur plus rapide. En moi, il semble que tout soit glacé.
Pourtant cet homme dont je me sépare ainsi, je l’ai adoré. J’ai lutté désespérément pour le disputer à lui-même et aux autres. J’ai cru mon cœur brisé parce qu’il m’échappait… Et aujourd’hui, ce m’est indifférent à un point que je ne soupçonnais pas — en cette minute, je le constate — qu’il me laisse pour suivre sa maîtresse. Je trouve seulement que c’est triste atrocement d’éprouver cette indifférence !
A-t-il l’intuition de mon absolu détachement ?… A coup sûr, cette intuition est fugitive, car il s’exclame, souriant, sur un ton un peu dépité :
— Vous vous intéressez à la Danaïde plus qu’à moi !
— Oh ! sûrement plus !