—Peut-être, oui... Tout arrive, disent les bonnes gens. Mais pour le présent, je suis plus ambitieuse que vous, Lily. Il ne me suffirait pas que l'homme me sente son égale, qu'il comprenne bien que je me refuse toute—et avec allégresse!—à son emprise. J'ai la tentation d'arriver à mon tour à le dominer...
—Dominer? pourquoi?... Ce serait l'injustice sous une autre forme. Des égaux, tous les êtres pareillement doués doivent l'être...
—Dominer l'homme, ce serait notre revanche, à nous, qu'il a si longtemps tenues comme des manières d'esclaves... Sonia, vous ne dites rien! Vous ne devez pas vous contenter de manger vos légumes... Que pensez-vous?
—Je pense que vous oubliez de compter avec le génie de l'espèce...
Claude eut un mouvement d'impatience.
—Alors, vous l'estimez décidément plus puissant que la volonté? Qu'est-ce que vous en faites alors, de la volonté?
—Une force, huit fois, mettons sept fois, pour vous être agréable, inférieure à celle de l'instinct. Voyez combien peu résistent jusqu'au bout, toujours, des femmes que sollicite l'appel de l'homme; même parmi celles qui s'étaient sincèrement armées pour la résistance!
—C'est qu'elles ne voulaient pas vraiment résister! interrompit Claude, qui ne capitulait pas.
Toujours souriante, Sonia affirma:
—Mais si, mais si...; quelquefois même elles luttaient, très sincères, bien plus même que les apparences ne le feraient croire. Mais le tempérament est un terrible facteur dans la question. Très souvent, c'est lui, le vrai coupable. C'est lui qui culbute les résolutions les plus ferventes, les plus fières!... Ah! Claude, quelle téméraire confiance vous avez dans votre vouloir!