Est-ce que, en cette minute, dans la tiédeur parfumée de l'auto qui l'emportait, hors de l'atteinte du froid, de la nuit, de la boue, elle n'éprouvait pas la bizarre impression d'être là, à sa vraie place?
Tout comme il lui paraissait naturel que le comte de Ryeux la traitât en égale, bien qu'elle vînt chez lui en artiste payée. Elle le revoyait incliné devant elle, la mettant en voiture, avec ce regard dont tout à coup il lui semblait sentir la brûlure sur son visage. L'impression était si forte que, d'un geste inconscient, elle appuya sur ses joues la paume de ses mains dégantées...
La bouche railleuse, elle murmurait:
—Décidément, cela ne me vaut rien de fréquenter le grand monde! Demain, pour me remettre d'aplomb, je passerai l'après-midi au dispensaire...
XV
Assise devant la table à écrire du studio, Claude avait, devant elle, les volumes de psychologie qui lui servaient à résumer le cours entendu la veille sur l'essence, les formes, l'éducation de la volonté.
Mais elle ne lisait ni écrivait. Ses doigts distraits jouaient avec le porte-plume inutile. La tête appuyée sur l'une de ses mains, par la baie de la fenêtre dont elle avait écarté les rideaux de tulle, elle regardait fuir, dans un ciel très bleu, lavé par une averse, les lourdes nuées que le soleil cernait d'un trait étincelant... Un soleil qui disait la fin prochaine de l'hiver.
Février s'achevait. Quelques bourgeons hâtifs pointaient sur le bois des branches; et les rayons épandaient une tiédeur chaude, qui luisaient entre les giboulées.
Ce n'était pas encore le printemps; mais son souffle déjà frémissait dans l'air plus lumineux. Et Claude qui suivait le vol des nuées, murmura, pensive:
—L'hiver va finir...