—Alors, mon enfant, je trouve... et quand je t'aurai dit ma raison, tu penseras sûrement comme moi, qu'il serait préférable de ne pas poursuivre plus longtemps ces séances, puisque la fin de l'hiver t'en fournit une raison plausible.

Une légère flamme était montée aux joues de Claude. Elle attachait sur Élisabeth des prunelles profondes, où luisaient de lointains éclairs.

—Et votre raison, c'est...?

Mme Ronal resta une seconde silencieuse comme si elle eût voulu peser ses paroles. Puis, simplement, elle dit:

—J'ai compris...—un peu trop tard, malheureusement,—que ces séances de musique, suivies de goûter, n'auraient pas dû avoir lieu.

—Parce que?... Car enfin, Élisabeth, combien de fois ai-je ainsi fait de la musique avec des artistes masculins.

—Oui, avec des professionnels ou des camarades. M. de Ryeux n'est ni l'un ni l'autre. Il m'a suffi de le voir, à l'improviste... près de toi, pour constater qu'il goûte ta personne, pour le moins autant que ton talent.

Obscurément, Claude tressaillit, comme si un souffle ardent, lourd de parfums, eût passé sur son âme.

Élisabeth continuait avec une autorité devenue presque grave:

—Or, tu sais aussi bien que moi où il tend quand il a goûté une femme!... Alors je ne veux pas que toi, ma «petite», mon enfant, tu sois exposée à te défendre contre son... admiration... Je me reproche beaucoup, à cette heure, de n'avoir pas pensé qu'il était imprudent de le laisser ainsi t'approcher librement...