—... Et aussi, j'aime à me sentir brûlée par son amour... J'aime la morsure et la caresse de son baiser...

—De son baiser!... Claude, oh! Claude, tu ne vas pas me dire que tu es sa maîtresse!

Il y avait une épouvante dans les yeux d'Élisabeth.

—Je ne suis pas sa maîtresse!... Mais si je voulais... je serais sa femme...

—Il t'a dit cela pour te vaincre! Et tu as pu croire ce mensonge?... Comme le ferait une naïve pensionnaire!... Toi! qui connais déjà la vie, autant qu'une femme...

Claude secouait la tête.

—Vous vous trompez... C'est la vérité absolue... Vous avez raison, Élisabeth, il me veut... Et pour m'avoir, il est prêt à tout... même au divorce...

—Et tu chasserais une femme de chez elle pour prendre sa place?... Mais, Claude, dans quel bas-fond es-tu tombée?

Sans bouger, droite devant la table de travail qu'Élisabeth n'avait pas quittée, Claude, d'un geste douloureux, tordait ses mains, serrées l'une contre l'autre.

—Oui, tout cela est misérable et laid!... Ah! vous pouvez me mépriser, Élisabeth... Autant que je me méprise moi-même; car cette place, dont vous parlez... si elle me tentait... pardonnez-moi! Élisabeth... eh bien, je la prendrais, sans remords, ni pitié... Mais elle ne me tente pas!... Je ne veux pas du personnage de poupée de salon... J'aime ma vie d'artiste, libre, grisante, si intéressante! A moi seule, je devrai la fortune... Je ne serai pas la femme de M. de Ryeux...