Élisabeth passa la main sur son front; à mesure que Claude cédait à l'élan qui la soulevait, elle devenait calme, avec ce regard clair et profond qu'elle avait près de ses malades, à l'heure suprême du danger.

—Tu ne veux être ni sa femme, ni sa maîtresse... Alors... alors je ne comprends plus... Je me demande quel abominable jeu, tu joues avec cet homme!

—Ah! si c'était un jeu!... Mais, pour moi, Élisabeth, c'est un drame, terrible et enivrant, qui fait de moi une créature grisée...

—Claude, tu me dis que tu n'es pas sa maîtresse... Peut-être, c'est vrai... Tu ne l'es pas encore... Mais, fatalement, tu le seras, si tu t'abandonnes ainsi!

—Non, car je ne veux pas l'être!

—Tu ne veux pas!... Mais tu oublies donc qu'il suffit d'une minute de défaillance de ta volonté, de tes nerfs, pour que l'irréparable s'accomplisse... Et alors?

—Alors?... Je ferai comme tant d'autres malheureuses, je paierai ma lâcheté. A l'avance, j'accepte le prix de la dette, si dur soit-il. Je l'aurai mérité. Et peut-être alors, je redeviendrai vaillante. Aujourd'hui, je ne suis plus qu'une feuille balayée par un vent de tempête... Je ne raisonne plus... Je vis dans l'heure présente. La première fois que, par surprise, ses lèvres ont pris les miennes... ces lèvres, je les ai mordues... pour me défendre... Et maintenant!... Ah! par quel sortilège a-t-il pu vaincre ainsi ma volonté!

Dans son souvenir, se dressait l'image de la forêt, lumineuse et odorante, où l'auto, un moment, les avait arrêtés. Elle entendait un homme, heureux selon le monde, lui découvrir soudain la misère de sa vie, sans bonheur, sans amour, aussi dévastée qu'une terre maudite... Alors pour cet homme, moralement dénué, autant que les plus pauvres à qui elle faisait l'aumône, elle avait senti une infinie pitié; et sans qu'elle sût comment, dans un instinctif élan, elle avait penché ses lèvres sur la bouche altérée qui implorait le viatique de son baiser; comme l'être tout entier appelait le viatique de son amour.

Mais après,... après, il n'y avait plus eu que de la pitié dans l'abandon qui la livrait à la caresse délicieuse. Et Élisabeth avait raison de lui répondre:

—Ce sortilège, c'est ta faiblesse, ta sensualité!...