—Et qui en est morte!... Ton excuse, Claude, ma pauvre petite Claude, c'est qu'elle a dû te léguer les folles aspirations qui ont fait son malheur... Tu n'es pas tout à fait responsable... quoique tu aies grandi dans un milieu bien autre que le sien, le sien si bohème! où rien ne lui avait appris le sens du devoir... Mais...
Élisabeth s'arrêta. Son visage altéré prenait tout à coup une sorte de gravité douloureuse... Claude, saisie, l'interrogeait de ses prunelles brûlantes.
Des secondes s'enfuirent. La jeune femme semblait réfléchir. Puis, tout à coup, comme si elle eût été résolue enfin, elle acheva, avec une sorte d'effort:
—Mais... c'est que tu es aussi la fille d'un homme qui vivait pour l'amour.
Frémissante, Claude se pencha vers Mme Ronal.
—Élisabeth! oh! Élisabeth... qu'est-ce que vous voulez dire! Mon père n'était-il pas, au contraire, un être si sage,... si paisible, que ma pauvre maman s'est trouvée glacée près de lui... qui ne savait pas lui faire aimer leur monotone vie?...
Encore un silence... Un silence lourd de tout ce qu'enfermaient deux pensées...
—Ce n'est pas ton père, celui-là... Tu... tu es la fille du prince Michel Démerowsky... Un séduisant homme de plaisir, un vrai frère de Raymond de Ryeux! Un Russe qui a follement adoré ta mère... Et puis, qui l'a torturée... et finalement, abandonnée avec toi, leur enfant...
Dans les prunelles de Claude, devenues immenses, il y avait de l'épouvante et de l'horreur. D'un ton d'enfant, inconnu à ses lèvres, elle murmura:
—Élisabeth, ce n'est pas vrai, n'est-ce pas, ce que vous dites là?... C'est pour me punir...