—Mais cette Mme de Ryeux ne me connaît pas du tout, et elle ignore si j'ai, ou non, du talent.
—Sa belle-mère lui aura parlé de toi. Ne jouais-tu pas à l'église cet été?
—Oui, je jouais...
Elle s'arrêta. La vieille marquise n'était pas seule à l'avoir entendue. Instantanément, dans son cerveau, se dressait le masque hardi de Raymond de Ryeux, avec ses yeux caressants et volontaires. Lui aussi l'avait écoutée.
Une sorte de révolte se cabra en elle. Encore une fois, l'impression l'étreignait qu'elle ne voulait rien devoir à cet homme si courtois, en apparence. Mais la vie, librement observée, avait fait d'elle une fille avertie. Et elle comprenait très bien pourquoi il avait cette façon de la regarder, qui tout ensemble l'amusait et l'irritait, ainsi qu'une proie digne de lui.
D'une impulsion irraisonnée, elle prononça, la voix un peu brève:
—Ah! Élisabeth, refusez, je vous en prie. Il me serait désagréable d'aller jouer dans ce milieu!
Une surprise passa dans les yeux clairs d'Élisabeth.
—Refuser?... pourquoi?... Ces auditions seraient utiles à ta carrière. Si tu as des raisons pour penser le contraire, dis-les-moi... Nous verrons ensemble, s'il faut ou non les écarter...
C'était vrai... Pourquoi refuser?... après tout... Que lui importait l'équivoque attention d'un homme qui ne comptait pas pour elle, n'ayant d'autre supériorité que celle de sa fortune.