Et pourtant, elle dit, l'accent presque impatient:
—Je n'ai pas de raison précise...
—Alors, je ne comprends pas, fit Élisabeth, l'enveloppant de son regard profond. Les de Ryeux occupent dans le monde une situation qui leur permet de t'être très utiles. Nous connaissons, toi et moi, la vieille marquise. Ils viennent à toi... Je ne vois pas pour quel motif tu refuserais d'entrer avec eux en relations; surtout en des conditions qui peuvent rendre vos rapports très limités, puisque tu irais chez eux en artiste.
Évidemment, Élisabeth, ignorant la cour discrète de Raymond de Ryeux, ne pouvait parler d'autre façon. Fallait-il la lui révéler?... Mais c'était attacher de l'importance à un détail qui n'en avait pas... Tout de suite, d'ailleurs, Claude s'était ressaisie, mécontente contre elle-même d'avoir obéi à de frivoles impressions: la crainte de sembler répondre au désir insolent de M. de Ryeux; l'obscur déplaisir d'aller chez lui en artiste payée pour distraire ses invités, ce qui établissait leur inégalité sociale. Et cette fois, sans hésiter plus, elle dit:
—Vous avez raison, Élisabeth... J'étais stupide!... Alors, que dois-je faire?
—Aller voir Mme Raymond de Ryeux pour t'entendre avec elle. Tiens, voici la lettre de sa belle-mère. Les heures sont indiquées où tu pourras la trouver... Et puis, maintenant, ma petite, laisse-moi, car j'ai encore beaucoup à travailler avant le dîner; et ce soir, j'ai quelques visites. Il y a deux petits qui me préoccupent.
—Élisabeth, vous êtes incorrigible! Vous gaspillez votre santé!... Vous savez que vous avez l'air très fatiguée.
—Non, pas très... Un peu, seulement peut-être parce que j'ai eu fort à faire tantôt... Mais, en ce moment, je me repose, tu vois bien...
—Oui, en faisant travailler votre cerveau. Élisabeth, reposez-vous, pour de vrai, en lisant quelque chose que vous aimez... Voulez-vous que je vous fasse un peu de musique?
Mme Ronal sourit: