—Ne me tente pas! petite fille... et laisse-moi écrire. Elle a bien marché, la séance de violon, tantôt?
—Oui, pas mal...
—Bon! embrasse-moi... et sauve-toi!
Claude se pencha, mit un baiser sur le front de la jeune femme et sortit.
Machinalement, dans sa chambre, elle tourna le commutateur, et la clarté jaillit dans la petite pièce, erra sur les murs où la blancheur du ripolin s'égayait des panneaux d'une toile persane, à grandes fleurs bizarres—que Claude elle-même avait tendus,—caressa le lit étroit, les quelques belles gravures attachées entre les panneaux; la table chargée de livres où, près de la lampe, dans une simple jatte de cristal, trempaient de larges violettes dont la senteur imprégnait l'air.
Mais Claude, en cette minute, n'apercevait rien du décor familier qui, cependant, lui était cher. Debout, devant la table à écrire, elle n'y voyait pas les feuillets où, avant de sortir, elle avait résumé quelques-unes des idées entendues le matin, à son cours de philosophie de la Sorbonne. Tout haut, elle interrogeait, obéissant à une vieille habitude:
—Claude, ma chère, qu'est-ce donc qui vous a pris de regimber devant une telle proposition? Demain, vous irez voir cette jeune Mme de Ryeux; et vous vous distrairez à comprendre pourquoi elle ne sait pas rendre fidèle, son grand diable de mari. Mais après tout, est-ce demain que je suis attendue?
Elle prit le billet et lut les quelques lignes où, très aimablement, la vieille dame célébrait son talent, en phrases admiratives, un peu naïves. L'entrevue pressait, car Mme Raymond de Ryeux commençait, en décembre, ses quatre à sept, et tenait à s'entendre le plus tôt possible avec l'artiste.
--- Donc, demain sera très bien! conclut tranquillement Claude. Maintenant ne pensons plus à cette frivole histoire et travaillons.
Rejetant sur son lit, manteau et chapeau, elle s'assit devant la table, la lampe allumée; et tout en respirant le parfum d'une violette tombée de la coupe, elle se mit à relire les lignes écrites sur le cahier de notes: