«Notre perfectionnement appartient à notre volonté qui doit dominer les élans de notre inconscient, les forces, les influences du monde extérieur, les phénomènes occultes que la nature élabore sans cesse, dans les cellules de notre être. Si notre volonté est fragile, il faut la fortifier, afin qu'elle devienne l'outil inflexible et sûr de notre pensée. Nous pouvons et nous devons l'entraîner à lui obéir. C'est pourquoi l'on a justement dit que: «Nous sommes les maîtres de notre perfectionnement.»

A demi-voix, Claude répéta lentement:

«Nous sommes les maîtres de notre perfectionnement... Si ma volonté est fragile, je puis l'entraîner à obéir...» Le puis-je vraiment?

Un étrange sourire, un peu amer, errait sur sa bouche.

X

Le lendemain, à onze heures, ainsi qu'elle l'avait résolu, Claude entrait dans l'hôtel de Ryeux. Un valet de chambre l'introduisit, par un vestibule tendu de somptueuses verdures, dans un petit salon où il la pria d'attendre.

Il allait avertir Mme de Ryeux.

Seule, elle s'assit; et, observatrice d'instinct, regarda autour d'elle, s'occupant à chercher quelle devait être la personne morale de Mme de Ryeux, d'après le cadre qu'elle s'était créé.

Mais ce petit salon, qui semblait être son domaine propre, ressemblait, dans son vêtement de brocart rose, à des centaines d'autres salons Louis XVI qui avaient, pareillement, des meubles laqués, des bibelots de Saxe, des éventails anciens, de vieilles montres précieuses, des ivoires abrités par une vitrine, et dispersés sur les divers meubles capables de les porter; des plantes vertes, des fleurs de prix, vu la saison d'hiver. Un unique portrait, signé Flameng; celui, sans doute, de la maîtresse du logis; une jeune femme, d'un blond soyeux, debout devant un paysage délicatement estompé qui fuyait loin derrière elle. Plutôt forte, semblait-il, d'après la ligne trop ronde des épaules nues, du cou un peu court cerclé de grosses perles, qui portait une jolie tête insignifiante où s'ouvraient des yeux pâles, lesquels, pas plus que la bouche, à demi souriante, ne révélaient une personnalité.

Et puis, sur une petite table volante, bien en place d'honneur, une superbe photographie de très jeune femme ou jeune fille, une brune, petite, dont les traits irréguliers sous les cheveux noirs, plantés bas, se faisaient oublier devant l'éclat des yeux sombres, au regard câlin. Un sourire retroussait la bouche un peu grande, avec des lèvres lourdes qui devaient être, au baiser, souples infiniment.