Curieuse, pour tromper l'attente, Claude s'intéressait à l'analyse de ces deux portraits qui n'étaient pas les seuls dans la pièce, comme elle l'avait cru. A l'extrémité du piano à queue, elle aperçut tout à coup une petite photo de Raymond de Ryeux, en costume de tennis, si vivante, qu'une seconde, elle eut l'impression de le voir apparaître, tel qu'il était là-bas, à Jobourg, les yeux hardis et gais, une mine de grand garçon en vacances qui aurait une désinvolture hautaine et une courtoisie caressante.
Les minutes coulaient. Claude s'était distraite à chercher la psychologie des trois êtres dont les images étaient là, réunies. Mais elle commençait à trouver abusive, l'attente qui lui était imposée, avec le sans-gêne inhérent à certaines femmes du monde, vis-à-vis de ceux qu'elles tiennent pour des inférieurs. Et impatiente, elle se levait, prête à faire dire par le valet de chambre qu'elle ne pouvait davantage attendre, quand la portière fut écartée soudain. Mme de Ryeux entrait, et avec elle, un violent parfum d'œillet. C'était bien la jeune femme blonde du portrait. Mais elle avait un éclat tout artificiel, la peau savamment poudrée, les lèvres d'un coloris violent, un imperceptible trait brun accentuant les sourcils. Une longue robe de maison, d'un bleu de pâle turquoise, l'enveloppait, laissant voir le cou et les bras sertis de dentelle.
L'accent très correct, elle dit s'excusant:
—Bonjour, mademoiselle. Je vous ai fait attendre un instant. J'étais encore à ma toilette. Je regrette...
Elle s'était un peu inclinée. Claude avait fait de même; mais dans son salut, il y avait une aisance presque hautaine dont elle n'avait pas conscience et qui était la simple expression du sentiment qu'à première vue, cette jeune femme, d'allure omnipotente, éveillait en elle.
Toutes deux avaient échangé un coup d'œil rapide où, chez l'une comme chez l'autre, il y avait de l'examen.
—Voulez-vous prendre la peine de vous asseoir, mademoiselle. Et allons vite au fait, car j'ai peu de temps à vous donner.
—Ne serais-je pas venue, madame, à l'heure que vous aviez indiquée?
—Oh! si, parfaitement... Mais ma modiste vient d'arriver impromptu, pour me montrer des modèles. Elle m'attend, c'est pourquoi je suis pressée. Vous savez, mademoiselle, ce dont il s'agit?
—De me faire entendre, si j'ai bien compris, à quelques-unes de vos réceptions de quinzaine? madame.