—J’imagine que vous n’avez pas l’intention de reprendre la séance? Mon ami, il est onze heures un quart et vous oubliez l’approche du déjeuner...
Si tard déjà?... Comme nous avons causé! Voici Kate qui vient chercher Jean, et Nounou qui emporte ma pouponne, après me l’avoir amenée toute fraîche, ses petits bras tendus vers moi. Tandis que je l’embrassais, père a poursuivi:
—Je t’apporte une bonne nouvelle, Mireille. Ta mère vient de recevoir une dépêche de ton frère. Il arrive demain matin.
Nous avons, Guisane et moi, la même exclamation de plaisir. Père achève:
—Je n’ai pas besoin de te dire que ta mère est exultante!
—Et vous aussi, père.
—Bien entendu, fillette. Voyons ce portrait, Guisane.
Tous, nous nous rapprochons du chevalet abandonné. Et père aussitôt a une exclamation enchantée:
—Mon ami, c’est une façon de chef-d’œuvre que vous avez fait là! Ne pensez pas, en votre for intérieur, que c’est un jugement d’amateur... Je suis bien certain que les critiques compétents seront de mon avis. C’est notre Mireille elle-même qui vit là!... Et quel incomparable cadre vous lui avez donné, de lumière, de ciel... de mer... Et cette lande qui fuit dans le soleil... Ah! mon cher garçon, quel artiste vous êtes!
Père est si sincèrement ravi que Guisane ne pourrait, je crois, recevoir meilleur remerciement. Moi, je regarde cette jeune femme, toute mince dans sa robe noire, qui, les mains croisées sur ses genoux—d’un geste découragé...—contemple la mer, avec des prunelles tristement songeuses.