Et c’est moi, la rayonnante Mireille de jadis.

10 août, soir.

Le couchant était dans toute sa splendeur quand nous sommes sortis de l’hôtel; si beau que, mère voulant se reposer un peu dans sa chambre, j’ai entraîné père sur la falaise pour voir la merveilleuse fête flamboyer derrière Roscoff.

Nous avons retrouvé, parmi beaucoup de promeneurs, Guisane, qui, lui aussi, s’absorbait dans l’éblouissante vision de ce paysage de rêve, or et pourpre. La mer était une ondulante nappe de lumière et, sur le ciel incandescent, se découpaient, sombres, les silhouettes de Saint-Pol et de Roscoff.

Père, sans respect pour la contemplation de Guisane, est allé vers lui et lui a frappé sur l’épaule:

—C’est un spectacle digne de vous, monsieur l’artiste... Même un profane comme moi comprend qu’il vous paraisse admirable.

Ici, il est interrompu par le passage de son collègue et ami, le baron de Survières, qui le hèle; et tous deux se mettent à causer, en regardant la fantasmagorie de l’horizon.

Moi, silencieuse, comme Guisane, j’admire, et c’est inconsciemment que je murmure:

—Que c’est beau!... Mon Dieu, que c’est beau!

Avec une conviction enthousiaste, j’entends Guisane répéter: