—Oh! oui, c’est beau!... Beau à donner l’oubli de tout ce qui n’est pas cette beauté!

L’oubli!... Le mot m’est allé droit au cœur. Je ne veux pas que rien me fasse oublier. Ce serait si mal!... Je n’ai pas le droit d’oublier.

Et pourtant, Guisane a raison. Il y a un instant, en moi aussi, le souvenir s’est tu, tandis que je regardais... Et avec une humilité, trempée de combien de mélancolie! je songe tout haut:

—Que facilement nous nous évadons de ce qui nous fait souffrir!... De quoi donc sont-ils pétris nos cœurs, pour se laisser si aisément distraire!

Je sens aussitôt sur moi le regard de Guisane qui s’est détaché du ciel devenu de nacre rose, et je l’entends me répondre:

—Ne soyez pas aussi sévère pour nos cœurs; et acceptez que la nature bienfaisante nous permette de reprendre des forces, en s’emparant parfois de notre peine. Nous n’oublions pas. Nous subissons seulement la détente nécessaire pour que notre pauvre machine humaine puisse continuer sa tâche...

Je murmure, les yeux perdus vers l’horizon assombri:

—C’est vrai... Il faut la remplir tant qu’on en a la force et le courage!

Dans la nuit qui tombe, je l’entends me répondre avec une sorte d’autorité vivifiante:

—Cette force, vous l’aurez toujours, parce que vous savez que vous avez charge d’âmes. Mais, pour la garder, acceptez sans scrupule ce qui peut encore venir de bon, à vous...