Ainsi, elle pouvait, dans son désastre, retrouver les jours de joie qui, quelques années, avaient été sa part...
Mais avec quelle âme différente de son âme actuelle elle avait écrit ces pages!... Comme une petite sœur joyeusement frivole, lui apparaissait la jeune fille, même l’épouse amoureuse qu’elle avait été, et qui jamais ne serait plus...
Cette Mireille-là s’était effacée devant la Mireille écrasée, des premiers jours de la guerre; puis révoltée contre l’épreuve; la Mireille que dévorait l’incessante inquiétude qui la tenait éveillée des nuits entières et qu’elle avait pu supporter seulement en se donnant toute à une mission d’infirmière, acceptée à Pau où ses parents l’avaient entraînée, dans la panique de septembre 1914.
Mais ce qu’elle voulait éperdument, en sa veillée de souvenir, c’était retrouver Max vivant; le compagnon charmant avec lequel, pendant quatre années, elle avait savouré le goût grisant de leur bonheur...
Devant elle, sur la table à écrire, il y avait son image; celle d’un beau garçon, aux yeux rieurs et câlins, d’allure très élégante sous l’uniforme; l’air d’un être que la vie enchante, fort d’une foi insouciante dans l’avenir...
En bas du cadre était attachée la croix de guerre, remise à la jeune femme toute tachée par les éclaboussures de sang; et, devant le portrait, des fleurs, comme devant un autel...
Quand, jadis, ils s’étaient connus, elle n’était encore qu’une gamine tout près de ses seize ans,—lui en avait dix-neuf,—avec laquelle il faisait de gaies parties de tennis, de pêche; des promenades, durant les mois d’été où la villégiature de leurs deux familles sur une même plage, en des propriétés voisines, les rapprochait; comme l’hiver, la vie mondaine les réunissait très souvent.
Chaque jour, il s’éprenait davantage de sa délicieuse petite amie; et elle, si ignorante fût-elle encore de l’amour, sentait bien le rayonnement de cette flamme qui s’avivait près d’elle et pour elle.
Avant même qu’elle eût entendu les paroles d’aveu, elle avait compris la merveilleuse vérité; et son cœur de fillette était devenu un vrai cœur de femme, avide de donner autant que de recevoir.
Soudain, un soir de bal, alors qu’au lieu de danser ils s’étaient réfugiés, pour causer, dans un petit salon que le hasard faisait presque solitaire, il avait laissé son secret lui échapper, parce qu’il la voyait si exquise qu’il avait peur qu’un autre ne la lui enlevât.