—Il y a des sentiments qui ne doivent pas être analysés, surtout quand ils sont très déraisonnables, comme dirait père. Merci d’avoir si bien veillé sur moi.

Il a ce sourire qui me fait tant de bien:

—C’est que je me sentais charge d’âme, ayant constaté que vous ne preniez aucun soin de vous-même! Voilà, madame, la vérité.

Et nous nous séparons devant mon logis.

26 août.

Je me suis réveillée, ce matin, avec le sentiment d’indéfinissable allégresse que j’ai rapporté de notre promenade mouvementée et qui me fait une âme que je ne reconnais pas...

J’ai joué, aussi gaie que Jean, avec Bébé que sa nourrice avait déposée sur le tapis de ma chambre où elle se roulait contre moi, comme un petit chat câlin.

Et puis, le courrier m’a apporté deux lettres qui m’ont rendue songeuse. L’une de ma pauvre belle-mère qui, discrètement, avec sa douceur triste et tendre, me rappelle que je lui ai promis ma visite et celle de mes poupons, pour le début de septembre, à la Commanderie. Et j’ai si peu la pensée de quitter Carantec!... On dirait que j’y perds la notion du temps. J’y aurai connu le pâle bonheur des limbes.

L’autre lettre était de Maud qui m’écrivait:

«Chérie, je quitte Dinard cette semaine pour retrouver, à Morgat, mes amis de Vaussay qui y sont en villégiature. Et, en passant, j’irai t’embrasser à Carantec, si tu veux bien de moi. Il me semble ne t’avoir pas vue depuis une éternité! Et il me serait terriblement utile de me retremper dans ton incroyable sagesse; car je ne suis pas, comme toi, une veuve exemplaire... Maintenant que la guerre m’a faite libre, je sens s’aviver mon appétit de recommencer ma vie de femme, manquée une première fois... Aussi ai-je grand besoin de la haute raison de ton père, de sa prudence clairvoyante, surtout en ce qui concerne la question «financière». Pour le reste, je me débrouillerai bien seule... Mais il me faut, à coup sûr, et ensemble si possible, l’argent et l’amour... Ni de l’un, ni de l’autre, je ne puis me passer!