«Donc, sauf contre-ordre de ta part, à bientôt, ma belle petite Minerve. Aime toujours, par pitié du moins,

«Ta vieille Maud.»

J’ai lu, puis relu encore, ces lignes tracées en hauts caractères capricieux; comme Maud elle-même... Et tout m’a soudain paru changé autour de moi et en moi. Le rayon de soleil avait disparu de mon âme qui devait ressembler à un ciel tourmenté, où montent des nuées sombres...

A ma honte, je me découvrais un égoïsme que je ne soupçonnais pas. Maud a évidemment besoin de nous. Car elle est tout à fait sans protection,—sa vieille grand’mère paralysée ne compte pas...—depuis que son mari a été tué dans l’armée russe, un peu après Max... Une délivrance pour elle! a-t-il semblé à tous. A moi, elle a dit un jour:

—Certes, je ne souhaitais pas sa mort... Mais comme je respire mieux, maintenant que je suis libre!

Elle a besoin de nous... Et pourtant je regrette qu’elle vienne!

Pour la première fois depuis mon malheur, je me mouvais dans une sorte de rêve apaisant; et sa venue m’est un réveil qui me rejette en pleine réalité...

Et puis, elle présente, c’en est fait, pour mes derniers jours à Carantec, de la liberté qui m’était précieuse... Pour de complexes raisons, je m’effraie de la voir arriver.

Elle est si étrange dans sa manière d’être avec moi, depuis quelques années... Quelquefois tendre avec une sorte d’emportement, et ensuite, sans raison, fuyante, brusque, presque agressive.

Nulle plus qu’elle, peut-être, n’a paru comprendre ma souffrance d’avoir perdu Max. Elle a versé avec moi des larmes jaillies de son cœur même... Je ne pouvais m’y tromper. Quelles affinités y avait-il donc entre eux, pour qu’elle sentît à ce point ce qu’il était?...