Mais, c’est vrai, je n’ouvre mon cœur qu’à de rares élus dont la tendresse m’y invite... Non, certes, par dédain ou résolution; mais parce qu’il m’est impossible de laisser pénétrer les passants dans le sanctuaire où vit, retirée, la vraie Mireille;—celle qui possède des trésors pour qui lui paraît les mériter.
Et ce quelqu’un est là, bien près... A l’aube de mes dix-huit ans, je l’aperçois, dressé en pleine lumière devant mon horizon,—l’ami de ma toute jeunesse. Qu’il me tende la main, et je laisse tomber la mienne; sans que, ainsi, j’obéisse à ma volonté, à ma sagesse, à un choix raisonné, je le comprends bien! Mais parce qu’il est Lui!
Ce qui me trouble un peu, c’est que je sais bien qu’il ne me connaît guère... Car, c’est étrange, je lui parle très peu de moi. Peut-être, un jour viendra, où, sur son désir, je lui ouvrirai, large, le sanctuaire dont il deviendra la divinité. Mais à cette heure, il ne soupçonne pas en moi, je m’en aperçois bien, une Mireille différente de sa rieuse petite amie; une Mireille plus mystique que pieuse, exigeante sur la valeur de ceux qu’elle aime, qui se reproche de ne pas valoir plus...
Si je lui confiais ce regret, il me répondrait tout de suite, je l’entends:
—Valoir plus!... Mais telle que vous êtes, pour moi, vous êtes l’élue.
C’est une chose étrange, mais j’ai la foi absolue qu’il nous sera donné d’être à jamais l’un à l’autre.
Et l’attente même de ce bonheur m’est une telle douceur, que, par moments, je me demande... stupidement! si le demain qui approche pourra être meilleur que mon présent...
14 mai.
Sagement, j’ai essayé de dormir, mais je ne peux pas!
Ce soir, il m’a dit: «Mireille, je vous aime trop pour attendre plus longtemps que vous deveniez mienne... Vous voulez bien, n’est-ce pas, que je vous demande à votre père? Mireille chérie, vous le savez, dites, que je vous adore...»