Je le savais... Mais que ç’a été bon de le lui entendre dire!

18 mai.

Il a parlé. Nous sommes fiancés. Et c’est divin!... Je n’ai même plus envie d’écrire mon bonheur. Il est en moi, dans mon cerveau, dans mon cœur, dans mon âme. Les mots l’abîmeraient en le racontant. Que c’est délicieux de vivre! Comment des pessimistes moroses osent-ils prétendre le contraire!...

Il y a cependant une ombre sur ma joie. Mère trouve absurde qu’on ait même l’idée de marier «des enfants» comme nous. C’est elle qui parle. «Quand tu auras vingt ans, répète-t-elle, il sera temps.»

Malgré ma belle confiance, j’ai un peu peur de ces déclarations, car maman ne fait jamais que ce qu’elle veut. Père la laisse agir tout comme il lui plaît. Elle sait si joliment s’arranger pour qu’il soit impossible de lui résister!

Heureusement, cette fois, père est en très bonnes dispositions à notre égard... J’espère bien fort en lui. Tout bas, je le supplie, avec la tendresse que je lui ai toujours vouée et qu’il me rend si profonde!... Alors je ne me tourmente pas trop!...

15 août.

J’avais bien raison de me fier à lui. Il a triomphé des objections et de la résistance de maman, qui, d’ailleurs, a été aussi influencée par Bernard dont l’opinion a beaucoup de poids sur elle... Mon cher grand frère, qu’il a donc bien plaidé la cause des «deux petits gosses», comme nous sommes décidément baptisés!

28 août.

Alors, c’est chose maintenant entendue. A l’automne, nous serons mariés. Encore deux mois d’attente! S’il n’y avait pas tant d’occupations qui nous absorbent, cette attente nous paraîtrait interminable.