Quand je pense qu’il y a eu un temps où je considérais le mariage tel une espèce de confrérie solennelle où, tout de même, il me semblait devoir être un peu effrayant de pénétrer... Et maintenant, je l’aperçois comme l’éden vers lequel tout mon cœur s’élance... Car j’y entre avec un compagnon si cher que nulle crainte ne pourra m’assaillir quand, pour y avancer, je sentirai ma main blottie dans la sienne, ferme et tendre...

Maman me saupoudre de bons conseils. J’écoute. J’ai l’air d’écouter, devrais-je dire pour être bien vraie; et je garde, enfermée en moi, la joie brûlante et grave qui m’illumine le cœur. Ses paroles bourdonnent à mes oreilles et n’arrivent pas à ma pensée où résonne une musique de fête dont la chanson me grise.

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Mireille s’arrêta de lire... En cette veillée de deuil, c’était vraiment trop cruel de revoir les pages qui célébraient son jeune bonheur.

Et, comme elle se fût enfuie, elle tourna les feuillets... Puis d’autres encore... Mais, instinctivement, au passage, elle s’arrêtait à des notes brèves qu’elle avait griffonnées en cette période de sa vie où elle ne s’appartenait plus, vivant pour un seul être qui l’enivrait.

Oh! ces années de mariage, quand maintenant elle les regardait—quand elle avait le courage de les regarder!...—il lui semblait revoir un horizon splendidement lumineux, devant lequel Max et elle se mouvaient ainsi que jouent des enfants; avec le besoin de jouir de leur jeunesse jusqu’à en être grisés.

C’était le temps de leurs fugues d’amoureux, en voyage, à Paris; des incessantes parties carrées avec d’autres jeunes couples, leurs contemporains; des fantaisistes soirées dans les cabarets, les théâtricules de Montmartre; des continuelles sorties du soir, dans le monde, dont lui, bien plus qu’elle, avait l’insatiable goût.

Pendant ces quatre années, conduite, entraînée par son mari, elle s’était vue emportée dans une sorte d’étourdissante farandole où elle perdait la notion de la vie intérieure qui lui avait été si précieuse. Le mariage que lui révélait son jeune époux, avait éveillé en elle une ardente amoureuse, doublée d’une mondaine coquette.

Elle aussi, autant que ses amies, autant que sa mère, en était venue à prendre un très vif intérêt aux chiffons de toilette qui devaient, le mieux, mettre en valeur sa fine beauté que le bonheur faisait radieuse. Alors, il lui plaisait, non pas seulement pour son mari, mais aussi pour elle-même, d’être flatteusement remarquée partout où elle paraissait; frôlée par la flamme des convoitises dont elle s’amusait; d’être sacrée l’une des plus jolies femmes du Tout-Paris mondain.