Comment, de si peu, avait-elle pu faire sa richesse?... Comment lui avait-il suffi, cet amour de Max, capiteux et léger comme la mousse du Champagne,—jusqu’à l’heure où la guerre l’avait sacré et soudain élevé... Cet amour qui vivait, dans leurs deux cœurs, pêle-mêle avec tant de puérils soucis...

Lui, elle en avait l’intuition, ne le désirait pas autre. Il avait un tel besoin de plaisir et de mouvement!

Aussi, elle, avec la clairvoyance de son cœur plus profond, savait nécessaire de se montrer, pour lui, la femme qui ne pouvait lui en laisser souhaiter aucune autre.

Il le fallait... Il était si terriblement flirt! De-ci, de-là, elle retrouvait dans son journal, l’écho d’une impression jetée en elle par son attitude auprès de femmes qui, pour une raison ou une autre, retenaient son attention. Bien vite, elle avait vu qu’elle eût été aussi impuissante pour empêcher cela que pour arrêter le souffle qui dilatait sa poitrine d’homme de vingt ans.

Et, en elle, cette conviction avait sourdement insinué une déception qu’à peine, peut-être, elle s’était avouée... Pas plus que la sensation de vide qui, parfois, s’abattait sur elle dans le tourbillon de plaisirs où elle devait se mouvoir... Pas plus que son obscur regret que leur bonheur ne fût pas plus intime, moins différent de celui qu’elle avait rêvé dans la ferveur de ses dix-huit ans.

Une page portait la trace de cette préoccupation. Par hasard, elle venait sous ses yeux, datée du printemps de 1914.

Au début de mai, elle avait écrit:

4 mai.

Nous avons eu un hiver, puis un printemps si agités que, un peu fatiguée, sans doute, je suis devenue ridiculement nerveuse. Très vite, comme Max me le reproche avec une drôlerie gamine, à la moindre contrariété, je me montre crin. Ses flirts m’exaspèrent au lieu que j’en rie, comme d’ordinaire. Je m’irrite de ne pouvoir me délivrer des thés, parties, soirées... Je suis lancinée par une soif grandissante d’isolement avec Max et mon poussin.

J’ai essayé de taire ces fâcheuses dispositions. Mais, sans doute, je m’y suis mal prise; car, Max, stylé par mère, m’a envoyée chez notre médecin; lequel, malgré mes protestations, a jugé bon de m’ordonner une cure de repos à Fontainebleau. Je me suis révoltée. Max, sous l’influence de mère, a insisté, mis en branle son autorité conjugale. Et bref, vaincue,—sans regret vrai, même avec une sensation de délivrance...—je suis partie passer cette première semaine de mai à Fontainebleau, sous l’aile de mes parents, et avec mon petit, fou de joie de ce voyage.