Max, lui, n’est pas venu; ses fonctions chez son agent de change le retenant à Paris. Et, séparée de lui, je suis un corps sans âme, dans ce milieu étranger.

11 mai.

«Un corps sans âme», ai-je écrit ces jours-ci. Erreur que le temps qui fuit me révèle. Est-ce l’influence de la paix émanant de la belle forêt silencieuse, tout embaumée de verdure fraîche et chaude de soleil, qui, tout à coup, a ressuscité en moi l’âme de jadis. Une âme que j’avais oubliée... Une âme pensive qui cherche les profondeurs, consciente qu’il y a plus et mieux que la vie papillotante et vide!... à laquelle je m’abandonne depuis quatre ans.

Pendant mes flâneries solitaires dans les allées où, à travers le réseau des branches, le soleil lance des flèches de lumière, je me prends à réfléchir, comme je ne l’ai guère fait depuis quatre ans dans notre existence d’amour et de plaisir.

Ah! que cette atmosphère semble l’élément même de Max!

Quel appétit il a, dont je suis effrayée parfois, de savourer les multiples goûts de la vie!... Oui, effrayée!

Lui suffirai-je toujours?... En ce moment, j’en ai l’intuition décevante, il supporte aisément notre séparation pour laquelle il trouve force distractions... Alors que moi, sans sa présence, je sens mon cœur pareil à un enfant perdu dans un désert...

Oh! l’avoir, dans ce calme où nous serions l’un à l’autre, sans qu’il m’échappe, à tout moment, mon flirt époux. L’avoir ici, ce serait, pour moi, la réalisation d’un rêve divin...

Pour moi! Mais lui, mon Max, qui ne comprend la forêt que pour y chasser ou galoper à cheval, il trouverait vite insipides, je le crains, mes grandes allées désertes et soupirerait après l’asphalte de ses boulevards.

Ah! pourquoi donc ne suis-je pas... ne puis-je être comme lui? Pourquoi la sévérité involontaire et soudaine, avec laquelle je me prends à juger mon existence?... Pourquoi ce désir dont j’ai déjà entendu l’appel, d’une vie plus haute? Désir dont je suis presque épouvantée; car j’ai la conviction, qu’en cette période de notre jeunesse, Max, mon cher compagnon, ne le partagerait pas, ni même le comprendrait.