Je me souviens... Quelquefois, dans des instants de lassitude, il m’est arrivé de trahir mon impression sur l’emploi que nous faisons de nos heures. Il m’a regardée, si franchement stupéfait que, malgré moi, je me suis mise à rire... Et pourtant une espèce d’angoisse m’avait serré le cœur, de sentir combien sur certains points nous sommes loin l’un de l’autre...

Il m’a prise dans ses bras et m’a dit avec un effroi comique:

—Mireille, ma délicieuse Mireille, ne deviens pas une petite Minerve, je t’en supplie! Qu’est-ce que je ferais alors, moi, humble mortel, incapable de grimper, encore plus de me soutenir, sur les sommets!... Reste seulement une adorable amante, ma Mireille.

Il était si convaincu, sous son accent de badinage, que je n’ai pas insisté. J’avais bien compris que, à l’heure présente, il ne peut me donner un bonheur autre que celui qui m’est accordé depuis notre mariage,—le bonheur que j’avais souhaité d’ailleurs...

17 mai.

Max est arrivé à l’improviste. Et de cette surprise qu’il me faisait ainsi, tout mon cœur a bondi d’abord d’une joie folle et reconnaissante.

La première heure a été exquise; il était si tendre! Plus gravement que d’ordinaire. Ce n’était pas «l’amant» que je trouve presque toujours en lui, mais l’époux-ami qui cherche mon cœur; à qui ne suffit pas ce qu’il appelle ma beauté et que je lui abandonne comme son bien...

Et puis, je ne sais quelle bizarre impression, tout à coup, m’a troublé l’âme. Max n’était pas pareil à lui-même!

Alors qu’il me croyait distraite, je sentais ses yeux se poser longuement sur moi. Une ou deux fois, il a semblé prêt à me dire quelque chose... Tellement, que j’ai interrogé, sans réfléchir, d’instinct:

—Max, tu as une nouvelle à me confier?