Ce matin, nous étions sur la plage, Maud et moi, inactives toutes les deux à regarder la mer qui montait. Maud était allongée sur le sable où elle appuyait ses coudes, la tête sur ses mains jointes, les yeux songeurs sous les sourcils un peu froncés.
Après un silence, l’apercevant ainsi, j’ai questionné:
—A quoi penses-tu, Maud, l’air si absorbé?...
Elle a eu un haussement d’épaules et un sourire désillusionné:
—Je pense à ma destinée...
Je me suis un peu penchée vers elle.
—Maud, cette destinée, ne la gaspille pas, en l’abandonnant... à tous les vents... Confie-la enfin à quelqu’un qui la fera... telle que la souhaitent tous ceux qui t’aiment.
Je l’ai vue tressaillir; et entre les cils rapprochés, son indéchiffrable regard m’a effleurée tandis qu’un pli ironique soulignait ses belles lèvres lourdes.
—La confier en ces conditions?... Mais j’en serais la première ravie, sage Mireille. Seulement, voilà! Voudrait-il de moi celui à qui je serais tentée d’abandonner ma volonté qui n’est que caprice? Celui qui me dominerait et ainsi me sauverait de moi-même... peut-être pour toujours!
Elle parlait d’un ton léger, faisant ruisseler le sable entre ses doigts. Mais dans sa voix, il y avait des vibrations si frémissantes que, soudain pensive, j’ai interrogé: