—Et celui-là, tu ne l’as pas rencontré?

—Je me le demande! Je rencontre tant de monde... Peut-être, oui, sur mon chemin, j’ai frôlé le compagnon près de qui je pourrais enfin marcher, sûre de lui et de moi... Mais ce serait trop beau qu’il s’en aperçoive!... Il y a, au contraire, toutes sortes de chances pour que nous restions deux passants qui se croisent et s’en vont, chacun continuant la route où il est engagé.

Elle parle du même accent de badinage un peu amer et joue toujours avec le sable qui glisse entre ses mains nues dont les bagues étincellent.

Pense-t-elle à quelqu’un?... Dans mon cerveau, un nom jaillit, avec une vision: il y a deux jours, au crépuscule, dans le jardin, Guisane cause debout, avec Maud, allongée dans un rocking-chair; elle lui répond, la tête levée, ses yeux brûlants attachés sur lui. Comme jadis, un jour surtout!... je l’ai vue regarder Max... Comme elle en a regardé bien d’autres...

Et, avant que j’aie réfléchi, une question m’échappe des lèvres, pareille à l’affirmation d’un fait:

—C’est de Guisane, que tu veux parler?

Elle ne me dément pas. Sa pose reste nonchalante, le sable filtre toujours entre ses doigts. Mais un pli creuse son front.

—Pourquoi crois-tu cela, Mireille?

—Parce que je vous ai vus ensemble.

—Eh bien?