Dans ses prunelles, luit l’indéfinissable expression que je déteste. Elle se courbe vers ma main qui a cherché la sienne, l’embrasse avec une sorte d’emportement, me jette une phrase bien singulière:

—Ne sois pas bonne ainsi pour moi... Cela me fait mal...

Puis elle se détourne et se rapproche de la mer où Jean s’amuse, jambes nues.

Mais je ne la suis pas, consciente qu’elle veut être seule.

3 septembre.

Ma pendule marque minuit passé. Je devrais être couchée. A quoi bon? Je ne pourrais dormir; et, dans l’ombre, je penserais peut-être...—pour parler plus justement, je rêverais trop...

Mieux vaut que j’écrive et essaie ainsi de découvrir pourquoi la soirée que je viens de passer me laisse obscurément troublée en tout mon être...

La nuit était lourde d’orage, striée d’éclairs lointains; presque violent, errait le parfum des fleurs, de l’herbe, de la terre que, tout le jour, le soleil avait brûlée.

Après avoir flâné sur la falaise, nous sommes tous rentrés dans le salon de mère, car elle se lasse vite de la promenade. Sauf quelques personnes de l’hôtel qu’elle a prises en sympathie, il n’y avait là que des intimes, Mᵐᵉ de Kermadec, Christiane, Maud, Guisane... J’ai tout de suite organisé la table de bridge, sachant que le jeu avait des fervents.

Maud s’était campée sur le tabouret de piano, tournant le dos à l’instrument; et elle bavardait avec Guisane qui était venu s’asseoir près d’elle. Il l’enveloppait d’un regard charmé bien compréhensible; elle était la séduction vivante. En lumière, la flamme des bougies dessinait la ligne parfaite de la tête, nimbait les cheveux, caressant le visage; les lèvres avaient ce sourire dont l’énigme affole les hommes, autant que son regard... Ce regard qui cherchait celui de Guisane.